La Saal affaire de Valls

L'énormité et la stupidité de la faute de Manuel Valls me laissent dans la perplexité la plus totale. Comment un animal politique aussi doué que lui a-t-il bien pu s'embourber si profondément ? Beaucoup de gens lui reprochent son voyage en Allemagne pour aller assister à un match de foot et ils ont de nombreuses raisons de le faire, quel que soit leur bord politique.

I - Le départ du congrès

Quitter le congrès du PS pour aller voir un match de foot en temps normal serait déjà très maladroit. En cette période précise, c'est une erreur majeure à plusieurs titres.

1 - On ne se tire pas d'un congrès de rassemblement

Le but de la rencontre de Poitiers était de ressouder le PS qui part dans tous les sens. Le gouvernement échoue loi après loi, déclaration après déclaration, posture après posture… Tout comme à l'UMP Les Républicains, le parti ne fédère plus grand monde. Les adhérents rendent leurs cartes, les soutiens d'hier prennent leurs distances, les sondages sont mauvais, etc.

Le plan était donc de donner l'image d'un parti fort, uni et dynamique. Ça n'a pas très bien marché, à commencer par les militants qui ont massivement pratiqué la politique de la chaise vide. Plus que jamais, Manuel Valls aurait dû rester sur place et aller à la rencontre de ceux qui ne se sont pas défilés. Je pense que ça aurait été plus payant que la petite phrase d'antisarkozisme, toujours appréciée mais aucunement rassurante.

2 - Quand le chat n'est pas là…

Valls parti, ses meilleurs ennemis ont eu beau jeu de ramener la couverture à eux et de détruire les quelques ponts que le Premier ministre avait pu jeter entre les courants. Ce phénomène est connu sous le nom de château de sable en zone inondable.

3 - Le foot plus important que le PS

Dans un parti où les seules personnes respectables sont celles de gauche, surtout si elles ont leur carte du PS, quitter un congrès pour aller à un match, c'est pire que pisser sur la tombe de Jean Jaurès, c'est cracher sur Karlyto, c'est… c'est… c'est se sarkoïser !

II - France qui souffre, gouvernement qui rit

Chaque année, le nombre de Français qui partent pendant les vacances d'été diminue. En 2015, à voir les derniers chiffres du chômage, juillet et août se passeront à la maison pour bien des foyers. Un bonheur n'arrivant jamais seul, le coût des journées de centre aéré risque d'augmenter avec la baisse des dotations de l'État, c'est déjà le cas pour les cantines. Dans beaucoup de familles, même aidées, les colonies et les journées en centre vont faire mal.

Dans ces conditions, voir le Premier ministre faire un saut de près de 1 500 km pour voir un match de foot, c'est pénible. Réellement pénible. Quand on se prive de tout, voir les dirigeants se la couler douce aux frais de la princesse ruinée que nous sommes, c'est odieux. Quand on refuse un jouet à trois euros à son gamin parce que, même trois euros, c'est impossible à débourser ; quand on croise les doigts pour que l'assistante sociale obtienne un délai auprès d'EDF ; quand on serre les fesses chaque fois qu'on ouvre le robinet par peur que l'eau soit coupée, apprendre que le chef du gouvernement va voir des types courir après un ballon, ça passe mal.

Ce matin, BFM estimait le coût du voyage à 14 000€ tandis qu'Europe 1 le chiffrait à 40 000. À la limite, passés les dix mille premiers euros, cela n'a plus d'importance, la faute majeure est commise. C'est aussi maladroit que le ministre du Travail qui se rend à Roland-Garros ou que la Garde des Sceaux montant les marches à Cannes. Cela démontre une déconnection totale d'avec la réalité et renvoie une image d'indifférence à la souffrance des Français, voire une forme de mépris.

III - L'affaire Saal est encore toute fraîche

En un an, Agnès Saal a facturé 40 000€ de taxi au contribuable. Pas de chance, ça s'est su. Encore moins de chance, ça lui a valu de perdre son poste. Heureusement, sa marraine la bonne fée veillait et la petite Agnès a très vite retrouvé un poste au sein du ministère de la Culture. La rumeur veut que l'on ait créé le poste pour elle. Les gens sont méchants.

Il y a peu encore, l'affaire aurait agité le café du Commerce et les repas de famille pendant quelques jours, puis aurait fini dans l'oubli général. Aujourd'hui, entre les temps difficiles qui ne poussent pas au pardon et ces affreux réseaux sociaux où les gens peuvent se parler librement (horreur !), le scandale Saal ne se tasse pas. Même que la délicate Fleur Pellerin a dû demander qu'on enquête.

Bref, tout le monde était encore monté sur ses grands chevaux que Manuel Valls ne trouve rien de mieux que d'aller griller quelques milliers ou dizaines de milliers d'euros de plus. Tss…

Deux réactions pour finir

Avec tout ça, je vous mets deux beaux tweets, c'est pour moi, ça me fait plaisir :

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