Les politiciens sont-ils conditionnés par la peur ?

Cet article a été écrit par Benjamin Bousquet que j'ai l'honneur d'accueillir à nouveau sur Électrice.fr. Merci Benjamin et bonne lecture à tous !

Au même titre que les théories -le plus souvent fumeuses- du complot, les partisans de droite s'offusquent que la gauche puisse ainsi compromettre, à force d'enquêtes à rebondissements, un probable retour de leur poulain Sarkozy, sur le devant de la scène politique. Certaines têtes bien-pensantes de l'opposition crie au scandale, sans même avoir connaissance du fondement du dossier d'instruction. Ils y voient une manoeuvre politique d'acharnement envers l'ancien président de la République, et mettent en doute la légitimité du corps politico-judiciaire français. Une image terrible pour celles et ceux qui y croient encore, qui ont même voté pour ces dirigeants de droite et qui voient là, leurs représentants douter de l'un des fondements même de la démocratie. Les théoristes de droite sont finalement à ranger au même niveau que les peureux de gauche, fébriles à l'idée que l'ancien mentor Sarkozy puisse à nouveau apparaitre sur le chemin de leurs ambitions politiques. Le symptôme de peur est devenu monnaie courante dans la sphère politique, ce qui donne lieu à des débats puérils, fort éloignés des réelles préoccupations des Français, que les médias ont souvent tort de négliger. Un constat visible dans le monde des politiciens, mais dans de nombreux domaines en général.

Dans l'industrie, l'innovation, la création, la peur est également omniprésente. Le facteur de risque reste davantage mis en avant, lors d'une création d'entreprise, que le facteur d'opportunités. Une tradition qui s'est, petit à petit, engluée dans une spirale infernale, au point de faire de la France un pays qui n'ose pas, qui n'ose plus. Évidemment, et heureusement, l'exception existe. Des succes-story à la française voient encore le jour, mais c'est souvent peu face aux échecs évitables, constatés ici ou là. L'incapacité à avoir su rebondir après le succès flagrant du Minitel, fleuron de l'industrie technologique française, fait froid dans le dos. Au même titre que ces erreurs stratégiques commises à l'époque dans le secteur de l'automobile, où les entreprises françaises ont refusé de s'adapter aux conditions spécifiques du territoire Nord-Américain, pourtant secteur de marché au fort potentiel. Les défis sans cesse lancés à la France et à ses entrepreneurs font peur à la classe politique et empêchent les plus convaincus, d'être soutenus.

Dans l'actualité de tous les jours, la notion de peur nous ronge comme un frein à la découverte : autrefois de nombreuses conférences, de nombreux challenges furent organisés dans le domaine scientifique, pour tenter d'apporter des innovations ludiques et utiles à l'avancée de notre société. Toute l'Europe s'est ainsi passionnée pour la science : le rayon de la roue de bicyclette, les aéronefs, et même plus récemment la conquête spatiale ; la science fascinait, désormais elle fait peur. Là encore, tout progrès, bien que soutenu, est très souvent suspecté, inspecté, contrôlé au plus haut point. C'est le constat que l'on peut faire aujourd'hui : le doute et la peur l'emportent sur l'admiration et la joie, face à une nouveauté.

Le culte de la peur serait-il ancré dans notre société ?

Dans une situation catastrophe comme celle de l'avion introuvable de Malaysia Airlines, nous pensons automatiquement et sans réelle connaissance à ce qui s'est peut être passé, à la possibilité d'un détournement, d'un acte terroriste, : nos réactions sont évidemment conditionnées par notre vécu, nos expériences et ce que nous a appris l'histoire de notre civilisation. Mais le constat est là : la peur de tout ce qui a été cité précédemment, nous prédomine. À l'échelle du simple humain que nous sommes et, au-delà d'un scénario alambiqué et d'un humour potache aux airs de déjà-vu, le récent film "Supercondriaque", propose par exemple, son lot de vérités : la peur de la maladie est un mal omniprésent dans la société. Comme l'est la peur du chômage, de l'échec ou de l'exclusion.

Dans la définition même de la peur, nous retrouvons toute une gamme de sentiments et d'émotions. Que ce soit la crainte, la terreur, ou la simple appréhension. Paradoxal, dans un pays nettoyé , en grande partie, de nombreux maux comme la guerre, la famine, les morts brutales et inexpliquées, que les peurs se soient ainsi multipliés. De ce qui arrive dans nos assiettes à ce que l'on propose pour faire marcher notre système électrique, tout est prétexte à peur, et à méfiance. Platon rappelait que la peur était déshonorante, la faiblesse de l'homme, un sentiment réservé aux femmes et aux enfants mais jamais digne d'un homme de bravoure. Si l'on peut reprocher au philosophe, cette vision machiste et misogyne, propre à son époque, nous pouvons nous interroger sur le fond. Sommes-nous devenus une société où la confiance en soi a si cruellement chuté au point de faire de nous des êtres ultra-sensibles et voués à un échec certain ? Celui trop sûr de lui, sera traité d'arrogant, mais celui trop peureux et trop hésitant n'aura finalement que l'étiquette douce et supportable de "modeste". Désormais, nous n'avons plus honte d'avoir peur. Cela est presque même devenu une vertu, symbole de l'homme responsable, ludique et profondément humain. Où passe alors la frontière entre "la peur" comme simple vertu et "la peur" comme prémisse de l'échec et de l'inaction ?

Benjamin Bousquet

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Informatique et politique

Avant-propos : sur Twitter, Laurent Séguin a publié une série de réflexions sur les ressemblances inattendues entre l'informatique et la politique. Souhaitant pouvoir retrouver facilement ces remarques, j'ai demandé à Laurent s'il comptait les rassembler sur un blog ou un site. Voici ce qu'il m'a répondu :

« Met sur un des tiens, mes tweets sont sous CC-BY-ND »

Si vous trouvez ces réflexions pertinentes, vous êtes donc libre de les publier sur votre blog ou site selon les conditions précisées (CC-BY-ND).

  • Trop souvent les projets informatiques sont comme la politique: ne pas toucher de peur de dérégler un truc coûteux qui fonctionne à peu près
  • Trop souvent en informatique comme en politique, ce n'est pas celui qui choisi ni celui qui paye qui décide de comment ça marche en vrai
  • Trop souvent en informatique comme en politique, on ne sait jamais pourquoi ça fonctionne mais on trouve toujours un coupable quand ça merde
  • Trop souvent en informatique comme en politique, ce n'est jamais celui qui comprend le mieux un problème qui décide de comment il sera géré
  • En informatique comme en politique, les moins bonnes solutions sont celles qui ont un marketing et une communication supérieure aux autres.
  • En informatique comme en politique, les vrais experts apportant de vrais solutions, sont inconnus.
  • En informatique comme en politique, le plus compliqué et la condition indispensable à la réussite, c'est la conduite du changement.
  • Que ce soit en informatique ou en politique, les visions à court terme sont dangereuses à tout point de vue.
  • En informatique comme en politique, tout est toujours trop compliqué. On s'arrête aux problèmes plutôt que de chercher des solutions.
  • En informatique comme pour la politique, la plupart des gens refusent de savoir comment ça marche mais passent leur temps à râler.
  • Trop souvent en informatique comme en politique, un seul pays décide pour la planète de comment ça doit fonctionner.
  • Que ce soit en informatique ou en politique, le focus et les mesures sont mises sur les conséquences et non pas la cause (des causes ?)
  • Que ce soit en informatique ou en politique, l'exercice des libertés et leur protection est absolument nécessaire pour être souverain.
  • En informatique comme en politique, former des esprits critiques plutôt que des exécutants permet de gagner en compétitivité.
  • Trop souvent en informatique comme en politique, l'innovation et les trucs trop modernes sont mal vus et écartés pour du plus traditionnel.

Vous souhaitez répondre à Laurent Séguin ?

Si vous voulez lui faire part de vos remarques, faites-le sur Twitter, il ne lira probablement pas les commentaires postés ici.

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Marine Le Pen et « le bipartisme » continuent de s’entretenir mutuellement

Cet article a été écrit par Benjamin Bousquet que j'ai l'honneur d'accueillir à nouveau sur Électrice.fr. Merci Benjamin et bonne lecture à tous !

Victoire de la droite, percée du FN, défaite cinglante de la gauche, désaveu du gouvernement et de Hollande… un constat rapide, clair et efficace. Mais comme à chaque résultat contrasté, nos politiques ont bien du mal à se remettre en question. Le sujet central des débats suivant les résultats électoraux, porta sur le succès du Front National dans plusieurs villes françaises. Dès lors, nous avons assisté à un mélodrame aussi pathétique que gênant sur les différents plateaux télévisés. Entre L’UMP prodiguant à l’unanimité -officiellement- la politique du “Ni-ni” (comprenez ni alliance avec le FN, ni avec le PS) et le PS, pensant incarner l’exemplarité morale du pays et voulant bâtir le fameux Front Républicain pour empêcher toute percée frontiste supplémentaire, le citoyen français s’est sans doute senti, une fois de plus, un tant soit peu lésé.

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Jour de colère : les futures manifestations sont-elles vouées à être ringardes ?

Cet article a été écrit par Benjamin Bousquet que j'ai l'honneur d'accueillir à nouveau sur Électrice.fr. Merci Benjamin et bonne lecture à tous !

Dimanche 26 janvier, se tenait à Paris, une grande manifestation anti-Hollande, sous le nom de " Jour de Colère ". Une journée classée sous le signe du grotesque, pour certains observateurs, tant la réunification de diverses associations n'ayant finalement peu de points en commun entre elles, surprennait. Des manifestants anti-mariage gay, aux extrémistes de droite, en passant par diverses lobbys aux revendications économico-sociales comme les bonnets rouges, cette journée donnait l'impression de réunir, sous un même seuil, toutes celles et ceux qui, un temps, furent vivement opposés au chef de l'Etat et à son gouvernement, pour X raisons. Un gros bordel en somme.

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2013, l’année où la politique m’a lassé

Cet article a été écrit par Benjamin Bousquet que j'ai l'honneur d'accueillir pour la seconde fois sur Électrice.fr. Merci Benjamin et bonne lecture à tous !

Du scandale Cahuzac aux débats inouïs sur le mariage gay, nombreux sont les épisodes politico-sociétaux à avoir chamboulé le paysage français, en cette année 2013. Alors que se profilent les élections 2014, bienheureux celui qui sait d'ores et déjà quel nom glisser dans l'urne. La politique en France a pour beaucoup atteint un point de non-retour. Celui où les scandales ne surprennent quasi plus, celui où les débats n'avancent guère, celui où, chaque jour, un nouvel épisode à rebondissement apparaît, faisant oublier celui de la veille, et permettant à chacun des protagonistes touché par tel ou tel scandale de renaître quasi instantanément de ses cendres.

De Guéant, affirmant sur tous les postes de télévision savoir comprendre les Français vivant avec un SMIC, dire le plus naturellement possible qu'il touche des commission en liquide pouvant monter à 10 000 euros par mois, aux diverses sorties des frères ennemis Copé et Fillon, la droite a prouvé, 365 jours durant toute son incapacité à répondre aux attentes des Français, à constituer une opposition raisonnée et représentative. Elle semble se morfondre inlassablement dans l'attente du retour de son sauveur, tout en oubliant qu'une fois encore ce n'est pas un homme exempt de tout reproche qu'elle s'apprête à ré-accueillir en son sein.

Sarkozy, stature indéboulonnable de notre droite française, homme providentiel, traine comme un boulet diverses affaires peu claires et que je ne me permettrai pas de juger ici faute d'élementsprécis. Mais il semble pourtant que ce dernier ne soit pas l'illustre homme sans reproche qu'une nation comme la France, pays des lumières, pourrait se vanter d'avoir à sa tête. L'accumulation d'affaire n'a cessé d'égratigner l'image du pays et la relation qu'ont les Français avec leurs dirigeants. Imaginez seulement que Sarkozy ait été financé par Kadhafi, comme en témoigne avec insistance les équipes de Mediapart; cela en reviendrait à vendre la France à la Libye. Chose impensable et évidemment condamnable. Mais là encore, il est plus inimaginable encore de voir un ancien président derrière les barreaux que de constater l'éventuelle véracité d'une telle affaire.

La gauche au pouvoir n'est évidemment pas en reste. Confortablement installés aux plus hautes instances, elle ne cesse de surprendre au mauvais sens du terme. Le temps commence à se faire long pour une majorité de Français, spectateurs impuissants de l'incapacité d'agir de son président et de ses ministres, le citoyen lambda n'en n'est plus à espérer quoi que ce soit. La dernière surprise du gouvernement Ayrault date de décembre avec la mise en ligne de rapport sur l'intégration. Preuve formelle du manque d'organisation et de communication dont font preuve nos instances dirigeantes. Cette mise en ligne, non désirée -officiellement- relève au mieux d'une gigantesque bourde, dont l'étalage est quasiment condamnable, au pire d'un aveu du gouvernement qui nous prouve toute son incapacité à comprendre notre époque et les vraies préoccupations auxquelles nous faisons face.

L'agonie de la politique française

Pour expliquer une telle agonie, deux thèses s'opposent : ou bien il n'existe nul homme totalement neutre et sans "erreurs ou fraudes" de parcours pour se lancer convenablement en politique, ou bien ce genre d'hommes et femmes existe bel et bien mais fuit devant la montagne qui se dresse devant eux.

Dans le premier cas de figure, la responsabilité est sûrement partagée : en France pour réussir, il faut être aidé. Pas étonnant donc de voir des grands patrons proches de responsables politiques. En échange d'un soutien financier sans failles, le politique fraîchement élu pourra contourner certains principes en favorisant sa relation avec l'industriel ou le chef d'entreprise qui l'a préalablement aidé. Aujourd'hui, combien de maires en France sont soupçonnés d'escroqueries à l'appel d'offre ou de favoritisme, combien d'entre eux sont mêlés de près ou de loin à des affaires de pots de vins peu conciliables avec la notion d'exemplarité tant revendiquée ici ou la dans les sphères politiques ? La responsabilité est partagée car l'électeur que nous sommes, en continuant à réélire mandat après mandat nos maires, députés et autres conseillers, donnons indéniablement du crédit à ces pratiques. Le chef d'entreprise, accepte de vivre dans un pays où la neutralité de l'homme politique vis à vis des personnes puissantes financièrement n'existe pas. Le salarié est prêt à accepter que notre patron puisse dealer avec le futur élu, pour s'assurer d'avoir plus tard du travail.

La deuxième hypothèse consiste à dire que les hommes et femmes politiques courageux existent. Que la neutralité et l'engagement sincère et honnête prime sur le reste mais que devant l'adversité, le manque de moyens, et l'absence de couverture médiatique dont ils font l'objet, ils abandonnent rapidement leur conviction au profit, peut-être, d'un parti qui saura les accueillir en échange de certaines concessions. À dire que les politiques ne sont pas courageux, nos interlocuteurs nous répondent ironiquement que nous n'avons qu'à nous lancer nous-mêmes en politique et prouver toute notre engament et notre bonne foi. Pour autant, nous pouvons heureusement encore juger, en démocratie, ceux et celles qui nous dirigent sans pour autant aspirer à les remplacer. Contrairement aux responsables politiques, je n'ai à aucun moment eu la prétention de "comprendre les gens et de me mettre au service du peuple", comme eux, aiment le prétendre à chaque micro dressé devant eux.

Je n'ai, contrairement à ce que fait l'extrême gauche et l'extrême droite, jamais eu l'intention de dicter un modèle de vie spécifique en me basant soit sur les peurs des concitoyens soit sur une utopie absurde de société égalitaire où les riches sont les méchants et les plus démunis, les opprimés. Il est tentant, à une époque où la classe politique traditionnelle ne cesse de décevoir, d'être attirés par les extrêmes. Pour autant, ces derniers ne font que profiter de la culpabilité de certains responsables politiques pour durcir leur discours et s'afficher comme les nouveaux bons samaritains. Le rôle de moralisateur dont sont capables les Mélenchon, Le Pen, Philippot et compagnie, est finalement le rôle le plus simple à jouer à l'époque actuelle.

Quid de la relève ?

Évidemment, il serait cruel, immoral presque, de tirer sur les générations futures, celles qui se lancent tout juste en politique, celles pleines de promesses et d'utopies, pleines de conviction et d'idées. Pour autant la politique en France a atteint son paroxysme. Désormais le nouveau visage, sera le futur échec. Le nouvel arrivant, sera le futur traître. Coincé par des hiérarchies indéboulonnables, les jeunes militants politiques à la morale irréprochable seront systématiquement barrés par celles et ceux qui, pour rien au monde, ne sont prêts à abandonner leur condition d'intouchables. Ceux voulant se démarquer des traditionnels partis politiques souffriront d'un manque cruel de notoriété, de publicité. Ceux, voulant réformer leur propre parti seront vite appréhendées par leurs instances dirigeantes. La politique française est ainsi devenue un cercle très fermé de dirigeants peu scrupuleux, loin de toutes vraies préoccupations des Français et se satisfaisant pleinement de leur situation.

Quelquefois, des espoirs naissent à travers l'annonce d'un nouvelle force politique pleine de promesses, mais là encore, on constate rapidement que les visages de ses responsables, font parti du paysage politique depuis vingt, trente, voire quarante ans. Que les choses ne changent pas. En apercevant Bayrou et Borloo s'allier devant toutes les caméras de télévision, combien d'entre nous ont ironiquement poussé un ouf de soulagement à l'idée que de nouvelles têtes puissent venir apporter un vent de fraîcheur dans le paysage politique français ? D'une manière générale, beaucoup souhaiteraient instaurer une loi interdisant le cumul des mandats. Le titre de député-maire, par exemple ne pourrait plus exister. Mieux que ça, nous pourrions limiter en temps le nombre de mandats. Éviter qu'un maire ne le soit durant trente années successivement, permettre à la jeune classe politique d'apporter peau neuve dans un pays qui en a fortement besoin, abandonner l'image du vieux cumulard qui se complaît dans sa vie de politicien. Mais là encore, les députés n'ont tout simplement pas le courage d'aller en ce sens. À la fois juges et partis, c'est leur condition qu'ils remettraient en jeu, le risque est devenu beaucoup trop grand et l'idée de redevenir un citoyen comme les autres, avec pourtant une belle situation, ne convainc pas, d'autant plus que contrairement aux Français ils ne savent rien faire d'autre. Non, le politique se plait en politique, c'est ainsi fait. En attendant, nous patientions et angoissons à l'idée de faire un choix dans l'isoloir.

La politique passionne les gens et conditionne notre société, mais paradoxalement, elle ne cesse de lamenter les citoyens qui dépendent des dirigeants politiques. Aujourd'hui, la politique française lasse et déprime les Français. Peu étonnant donc qu'en 2013 nous ayonsété parmi les mieux classés des peuples les plus pessimistes du monde. Pour un pays qui a tout, c'est évidemment cruel mais finalement explicable. Quid de 2014 ?

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Comment Jean-Luc Mélenchon tombe petit à petit dans la folie utopiste

Cet article a été écrit par Benjamin Bousquet que j'ai l'honneur d'accueillir sur Électrice.fr. Merci Benjamin et bonne lecture à tous !

Vendredi 29 novembre dernier, sur le plateau du Grand Journal de Canal +, nous assistions à une scène télévisuelle des plus farfelues des dix dernières années. Un responsable politique de premier plan, habitué aux plateaux télévisés et aux discours formatés, sombrait dans une schizophrénie sans nom. Tenant un double discours sans même s'en rendre compte, l'homme d’extrême gauche revendiquait avec sa poigne légendaire la fameuse « liberté » du peuple, tout en imposant son propre modèle de vie. Le dimanche, disait-il, n'est pas un jour de travail. Le dimanche est un jour où l'on se repose au coin d'un lac, où l'on passe son temps en famille à bichonner ses enfants et où l'on évacue, le temps d'une journée, tout le stress véhiculé par les méandres du travail, que nous impose ce monde capitaliste.

Ainsi, en quelques sentences, Mélenchon nous livrait sa conception du monde, tel qu'il doit être. Un monde opposé à la tendance actuelle. Alors qu'on parle de travailler le dimanche, d'autoriser des enseignes à ouvrir plus tard et donc, à se rapprocher de plus en plus d'un modèle anglo-saxons, Mélenchon veut aller contre-courant, s'estimant soutenu par les gens, qu'il estime si bien représenter.

Mais il oublie que cette fameuse « liberté », le peuple français l'a déjà choisi en 2012, au moment de livrer son bulletin dans l'urne et en ne lui accordant qu'un dixième de l'opinion générale. À ce moment là, sur le plateau d'Antoine de Caunes, Mélenchon ne visualise pas encore le flop de sa manifestation du dimanche 1er décembre et du peu de soutien populaire dont il bénéficiera. Mélenchon pense savoir ce qui est bon pour le peuple, en faisant la grave erreur de croire que ce dernier n'est pas seul décisionnaire. La liberté pour certains consistera à aller faire ses courses le dimanche. Quand des gens préféreront profiter de la journée dominicale pour visiter un musée, d'autres trouveront du plaisir en bricolant ou en se rendant dans le centre commercial le plus proche. Qui est la voix bien-pensante qui a décrété que moi, Français, ait envie de passer mon dimanche après-midi au coin d'un lac ? Qui a estimé que moi, patron d'une enseigne, je ne peux ouvrir mon magasin, au moment-même où des files d'attentes entières de clients se dirigent tout droit vers ma vitrine ? Qui pense bien faire, en m'empêchant moi, jeune étudiant, d'arrondir mes fins de mois en travaillant le seul jour où mon emploi du temps me le permet ?

Si la question du travail dominical ne doit pas exclure une vigilance certaine quant aux abus de certaines entreprises vis-à-vis de leurs employés, aucune doctrine nationale n'existe pour empêcher les Français de choisir leur propre vie. Derrière les inquiétudes sur la question du travail dominical, Mélenchon cache aussi sa haine envers les patrons. Du travail dominical et des horaires plus tardifs, le candidat du Front de Gauche, en verra systématiquement des abus. Il pointera du doigt tous les patrons, ces riches voyous, sans prendre la peine de diviser ces derniers en deux catégories : les honnêtes gens, ceux qui se démènent, offrent du travail à autrui et, qui bien souvent, représentent la grande majorité. Et les malhonnêtes, très minoritaires, qui devraient, à raison, être surveillés, traqués et condamnés pour leurs éventuels abus.

Mais cette manière de mettre les gens dans des cases, de les montrer du doigt publiquement et, dans le même temps, de revendiquer corps et âme, la « liberté du peuple » n'a pas de sens. Mélenchon ôte la liberté du peuple en imposant ainsi son modèle de vie, en se prenant pour le bon samaritain prêchant contre les méchants riches. C'est oublier que de nombreuses personnes éprouvent un certain respect pour ceux qui ont réussi, pour ceux qui offrent du travail. Combien de jeunes aimeraient suivre l'exemple de leurs patrons ? Combien regardent attentivement leurs supérieurs et puisent en eux une ressource nécessaire pour, un jour, devenir à leur tour leurs propres patrons.

La lutte syndicale, bien que nécessaire, additionnée aux discours moralisateurs des Jean-Luc Mélenchon et autre Pierre Laurent n'ont fait qu'accentuer la mauvaise image du corps patronal. Mais ne serait-ce pas là tomber dans une facilité déconcertante de croire qu'ils sont tous pourris de l'intérieur, qu'aucun ne mérite une quelconque gratitude, un quelconque respect ?

Cette façon de diviser le peuple amène à la lassitude des gens, la lassitude amène à la révolte et la révolte amène à l’extrême. Le jeu de l’extrême gauche alimente celui de son -supposé- rival, l’extrême droite. Ensemble, ils détruisent un peu plus la fierté et la richesse du peuple français. Désormais, tout est prétexte pour dénoncer l'autre, pour suspecter l'autre. C'est vraiment ça que Mélenchon appelle … la liberté ?

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