Le Penelopegate, oui certes mais…

Je vais sans doute choquer beaucoup de gens mais le désormais nommé Penelopegate ne me bouleverse pas et ce, pour plusieurs raisons.

Le bénéfice du doute

Pour l'instant, tout ce qu'on sait, c'est que François Fillon a rémunéré sa femme en tant qu'attaché parlementaire. C'est parfaitement légal, le statut de député-employeur le permet. Le salaire versé entre dans la fourchette autorisée même si la presse préfère vous parler de la somme totale en brut et non du net mensuel. On vous expliquera que c'est le total qui est important, je répondrai que c'est surtout plus putaclic de parler de grosses sommes.

La seule chose qui sépare la légalité de l'abus est la réalité du travail effectué. Si Penelope Fillon a été payée sans remplir la moindre des fonctions de collaborateur parlementaire, c'est bien un détournement d'argent public. Attendons le résultat de l'instruction du parquet financier et saluons au passage l'incroyable rapidité avec laquelle cette enquête a été ouverte (moins de 24 heures !).

Le conjoint précieux

Beaucoup de personnalités artistiques, politiques ou d'affaires n'auraient jamais réussi sans le concours énorme de leur partenaire. On constate souvent qu'il s'agit plus souvent de la réussite d'un couple que d'un individu. Qu'on parle de René Angélil et Céline Dion ou de Barack et Michelle Obama, c'est un travail d'équipe solide et constant. Même si le conjoint n'est pas explicitement rémunéré ou valorisé, comme Bernadette Chirac qui n'a connu la célébrité que tardivement, c'est son soutien actif qui favorise avant tout l'ascension.

Je doute que François Fillon ait connu la même carrière sans l'aide aussi précieuse que discrète de Penelope. De l'organisation de dîners à l'analyse de l'actualité, elle a été présente à chaque instant.

Il y a donc ici un point à débattre : ce que madame Fillon a fait pour son mari a-t-il été exclusivement au profit de ce dernier, donc indirectement au sien propre, ou son apport a-t-il servi la République ? À l'heure actuelle, on ne peut pas trancher et toute réponse relève du procès d'intention.

Une pratique courante

La Tribune présente plusieurs cas de politiques (de droite et de gauche) embauchant ou ayant embauché des membres de leur famille et cite Mediapart qui avait évalué qu'on retrouve cette pratique chez 20% des élus. Comme le souligne très justement l'article, aucun contrôle n'est effectué sur la réalité du travail. Quand on voit comme l'Inspection du travail peut se montrer tatillonne jusqu'au surréalisme, cette négligence passe mal.

Une révélation bien commode

Bien sûr, toute information sur un détournement d'un budget de fonctionnement de l'État est par nature bonne à prendre. Cependant, ce genre de révélation fracassante sur un fait qui remonte à plusieurs années ne sort que parce que la campagne présidentielle a commencé et non pour nettoyer les écuries d'Augias. Que le coup vienne du camp Macron pour affaiblir le principal rival, du PS pour faire oublier sa primaire désastreuse ou ses trois ministres épinglés par la Cour des Comptes, ou encore de Rachida Dati qui avait clairement exprimé sa déception de voir NKM lui être préférée, c'est minable.

[Edit - 17h : J'avais oublié qu'on venait d'apprendre que Macron aurait utilisé de l'argent public pour lancer son mouvement. Le PenelopeGate ne saurait tomber plus opportunément.]

En conclusion

S'il est avéré que Penelope Fillon a occupé un emploi fictif, il sera certain que François Fillon est plus proche du reste de la classe politique qu'il ne veut le dire et ce sera forcément une grosse déception. L'image d'honnêteté du candidat des LR avait été un atout important lors de la primaire de droite comme le rappelle Jean-Daniel Levy sur Twitter :

Je continuerais cependant à soutenir François Fillon, il est le seul à aller dans la bonne direction, je n'ai pas le luxe de faire la fine bouche.

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Parti(s) :

Flattr this!


À lire aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *