Auto-entrepreneur : on marche sur la tête !

Sylvia Pinel, qui ne connait de l'entreprenariat que ce qu'elle en a vu dans "Foot de rue" le dimanche matin sur France3, a décidé de réformer le statut de l'auto-entrepreneur. Elle a des excuses, elle est ministre de l'Artisanat et elle ne connait rien à ce sujet. Dès lors, pour agir, elle ne pouvait que répondre favorablement à une demande des artisans, même si celle-ci est tout à fait farfelue.

Un matin, un délégué des artisans est venu la voir. Un peu gêné par ses cheveux gominés et son costume neuf, il a tenu à peu près ce langage :

« Hé bonjour, madame la Ministre, que vous êtes jolie, que vous me semblez belle. Sans mentir, si votre démagogie est égale à votre ignorance, je suis le phénix des hôtes de ces lieux. »

Ensuite, le style est un peu moins raffiné :

« Là, comme qu'il dirait l'autre, nous les artisans, on est pas contents rapport aux auto-entrepreneurs qui font rien qu'à nous oter le pain de la bouche. »

Je ne possède pas le verbatim du reste de la conversation, mais, en gros, la ministre s'émeut et commande un rapport à l’inspection générale des finances et à l’inspection des affaires sociales. En finaude politique, elle se dit que ces institutions ayant mal accueilli ce nouveau statut, leurs conclusions seront dévastatrices.

Raté ! Le rapport est très favorable aux auto-entrepreneurs et recommande le maintien en l'état. Ooooh !... fait le staff de la ministre, déçu. Qu'à cela ne tienne ! La ministre persiste et signe. Elle signe la mort des auto-entrepreneurs. Ayrault intervient, Pinel lui dit sa façon de penser, Ayrault recule et les limites sont fixées !

Sylvia Pinel

Pour l'instant, on n'a rien que de très classique : un ministre qui s'empare d'un sujet auquel il ne connait rien et en tire un projet de loi absurde.

Là où ça se gâte, c'est quand le Président prétend vouloir lutter contre le chômage et accepte le plus grand plan social de tous les temps. En effet, cette limitation va infailliblement entraîner des cessations d'activité. Ce qui est viable en auto-entrepreneur ne l'est pas forcément en société. D'autre part, il est à peu près certain que quelques candidats à l'aventure renonceront avant d'avoir commencé, découragés. D'autres, déjà lancés, mettront la clef sous la porte, écœurés par le mépris que l'on porte à leurs efforts.

Ensuite, le même Président prétend réduire les déficits en faisant faire des économies à l'État, mais cette mesure implique un accompagnement des entrepreneurs pour le changement de statut. Qui va réaliser cet accompagnement ? Des angelots venus du ciel ? Bien sûr que non ! Pourtant, on pourrait préférer le choix des angelots lorsqu'on voit l'attelage hétéroclite qui est retenu. Je cite Stéphane Soumier :

« Un groupe de travail associant notamment les fédérations professionnelles, les chambres consulaires, les experts comptables, les associations de gestion agréés, l’ARF, la BPI, Pôle emploi, l’APCE, l’ADIE, élaborera une offre d’accompagnement cohérente. »

Les ventes d'anxiolytiques vont exploser...

Enfin, ce n'est pas à l'État de décider quand il est temps de changer de statut, ni s'il est souhaitable de le faire, c'est à l'entrepreneur et à lui seul. Cette limite est une forme de totalitarisme assez odieuse.

Bref, par démagogie, par idéologie sectaire, par volonté de défaire ce qu'a fait Sarkozy, on balaye les efforts de personnes méritantes d'un geste négligent et on leur fait supporter un peu plus le poids d'un État déjà trop lourd. Cerise sur le gâteau, à la place d'auto-entrepreneurs qui rapportaient de l'argent à l'État par leurs charges et leurs taxes, nous verrons apparaître des travailleurs au noir qui creuseront un peu plus encore nos déficits.

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]
Photos : Wikipédia

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2 réflexions sur “Auto-entrepreneur : on marche sur la tête !

  1. Auto entrepreneur depuis quelques années dans le secteur du btp, je ne souhaite changer de statut et passer en ets individuelle ou autre. C est un choix personnel en sachant que mon C A est limité fiscalement. J'écoute depuis quelque temps les propose de la fédération et syndicats du btp, c est lamentable de voir les propos qu ils tiennent à l encontre des auto entrepreneurs (concurrence déloyale, travail dissimulé, etc...). A croire que l'économie du btp est en déclin à cause de ce statut ! Avant d etre prof du btp, j ai travaillé pendant plus de 20 ans en cabinet d expertise comptable, j avait en charge des clients en btp ! Franchement, messieurs les représentants de la fédé et syndicats du btp, avant d'envoyer sur la place public de tels arguments, je pense qu'avant toute chose, il faut nettoyer chez soit. et si on mettait également sur la place public ce qu il se passe réellement dans le monde du btp (travail dissimulé, reversements de comm, faire travailler des employés des pays de l'est sur les chantiers,...) ces pratiques ne peuvent être pratiqués par les auto entrepreneurs !!!! Le bâtiment n est plus la grande famille que nos anciens ont essayés de nous transmettre. Un auto entrepreneur dans le btp

  2. Bonjour, qu'ajouter de plus, je suis moi meme demandeur d'emploi actuellement au RSA, alors ne trouvant pas de travail dans notre belle societe qui ne laisse pas sa chances aux chomeurs, et ne voulant pas finir dépendant d'un RSA minable j'étudie la création d'une auto entreprise depuis plusieurs moi... et bien des actions pareilles de la part de personnes qui sont sensés, je cite leurs termes: "INVERSER LA COURBE DU CHOMAGE AVANT FIN 2013" ca me fait bien marrer et je me dis surtout qu'avec une pareille maitrise de l'emploi en france on va vite se retrouver comme nos voisins grecs, espagnols, ou quelque autre pays en crise de l'emploi.
    Après l'historique "travailler plus pour gagner plus" nous avons le "travaille pas et reste au rsa"

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