Les flans ne savent pas sauter

Il reste de nombreux mois à tenir jusqu'à l'élection présidentielle. Ces mois ne seront simples pour personne, chacun y trouvera son lot d'obstacles à surmonter.

François Hollande se voit déjà élu, il se présente même comme « le prochain président » lors d'une interview à Libération parue lundi dernier. Il ne semble pas réaliser ce qui l'attend.

La victoire de François Hollande à la primaire de gauche ne faisait guère de doute. Tous les autres candidats avaient choisi un style, de Montebourg, le Chevalier Blanc, à Aubry, la femme d'expérience, chacun avait misé sur sa différence.

François Hollande a choisi de ne pas être différent. On aurait pu penser que ce flou artistique disparaîtrait après sa victoire, il n'en est rien. Qui est François Hollande ? Quelles sont ses valeurs ? Quel est son programme ? Avec qui va-t-il gouverner ? On ne sait pas. Ce flou peut lui réussir aussi bien à la présidentielle qu'il lui a réussi à la primaire, c'est un pari comme un autre.

En revanche, François Hollande ne semble pas conscient des obstacles qui l'attendent et il a déjà trébuché sur les premiers.

Saut d'obstacle (Wikimédia)

Obstacle n°1 : la durée

Remporter la primaire est une première étape vers la présidentielle, ce n'est pas l'arrivée. Pourtant, très vite, François Hollande a relâché son effort au point que dès le 24 octobre (8 jours tout juste après le second tour de la primaire), un Tumblr se créait pour soutenir le candidat socialiste.

Pire, hier, mardi 8 novembre, les sondages montraient une baisse du score de François Hollande.

Obstacle n°2 : les soutiens

Jacques Attali joue les croque-morts et prend les mesures du futur cadavre de la candidature socialiste dans un cinglant billet : « 2012: comment la gauche va perdre ». Il souligne fort justement que le soutien des écologistes et du reste de l'extrême-gauche n'est pas acquis. Les autres candidatures de gauche vont parasiter la communication de François Hollande qui va devenir totalement inaudible. Et encore ! Chevènement n'avait pas encore annoncé qu'il se présentait quand Attali a écrit ce billet !...

Obstacle n°3 : l'expérience

Quoi qu'il en dise, François Hollande n'a jamais dépassé le statut de petit élu de province. Il semble n'avoir rien fait de remarquable depuis 30 ans comme le faisait perfidement remarquer Ségolène Royal. Effectivement, on est bien en peine de dire ce qu'il a pu faire à part protester contre la droite.

Apparemment, il a été un bon maire et un bon président de Conseil général, mais il n'a vraiment pas brillé comme chef de parti. Cela lui fait un bagage plus que léger pour devenir président de la République.

Obstacle n°4 : son flou perpétuel

Les gens qui voteront pour François Hollande le feront parce qu'ils ne veulent pas ou plus de Nicolas Sarkozy ou parce qu'ils se reconnaissent dans le Parti socialiste. En revanche, je vois mal comment ils pourraient voter pour lui par adhésion au personnage.

Lors de la primaire rad-soc, il y a eu trois débats. Pas un n'a pu faire émerger un trait de personnalité de François Hollande sauf sa recherche constante de la facilité. Rappelez-vous la façon dont il s'obstinait à prendre la parole en dernier afin de minimiser la prise de risques.

En dehors de ça, la seule image qui lui colle à la peau est celle que lui donna Montebourg : Flamby !

Obstacle n°5 : sa stature

On a beaucoup reproché à Sarkozy son manque de stature présidentielle. Sa grossièreté de langage et d'attitude ne collait pas à la dignité dont nous voulons voir pourvu notre Président. Le temps passant, les équipes de communication aidant, Nicolas Sarkozy a corrigé beaucoup de ses erreurs.

Sommes-nous prêts à rejouer avec un autre président qui ne serait pas à la hauteur du job ? On apprend que François Hollande ne peut pas affronter une conférence de presse, comment affronterait-il un G20 ? On l'avait vu lors des débats, il a du mal à réagir face à des opinions contradictoires, il recherche en permanence le consensus. Or, un Président est un dirigeant, il doit trancher, décider, prévoir, orienter...

Obstacle n°6 : une équipe en vrac

Depuis des années, le Parti socialiste se déchire cruellement. Entre ceux qui tirent vers l'extrême-gauche, ceux qui n'ont pas vu les temps changer et ceux qui veulent se rapprocher du centre, le terrain est propice à la bisbille. Les histoires personnelles (Royal/Hollande ou DSK/Aubry, par exemple) viennent envenimer un peu plus la situation.

Six mois après le séisme de l'affaire DSK, un mois après la primaire citoyenne, le parti est retombé dans son vieux travers : le chacun pour soi.

François Hollande n'est pas soutenu par un parti comme a pu l'être (et le sera sans doute) Nicolas Sarkozy. Ça risque de lui coûter cher.

Flan ou pas ?

Six mois, c'est à la fois très long, il faudra à Hollande la force d'exister, et très court, il lui reste peu de temps pour surmonter ses faiblesses. À lui de nous prouver qu'il n'est pas un flan en montrant qu'il peut franchir les obstacles.

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Illustration : course de haies - Wikimédia

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5 réflexions sur “Les flans ne savent pas sauter

  1. Chère Electrice, il y a du vrai dans ce que tu écris... mais pas que !

    Car on pourrait écrire aussi que :

    Obstacle 1 : La date de la primaire avait été choisie pour DSK. Elle était trop loin de l'élection pour faire campagne dans la foulée, de surcroit fasse à un président sortant qui attendra le plus longtemps possible. Se mettre en retrait pendant quelques semaines est donc un choix... à voir s'il sera tenable dans la situation actuelle !

    Obstacle 2 : Vive le pluralisme ! Ca complique un peu, c'est vrai, mais ça permet aux sensibilités de s'exprimer

    Obstacle 3 : Là d'accord. Mais il a déjà trouvé une parade, en faisant remarquer que l'expérience n'avait pas mené la France si bien que ça...

    Obstacle 4 : Dans la primaire il jouait les rassembleurs. Pour son programme il le construit, c'est normal. C'est un autre inconvénient de la date de la primaire, plus tôt elle aurait permis ce travail plus sereinement

    Obstacle 5 : Coté conférence de presse, le président Sarkozy les évitent autant que possible sur le territoire national...

    Obstacle 6 : Idem obstacle 4, il prend son temps. Si l'équipe qui en sort est efficace, cela aura été un bon calcul !

    Obstacle 7 : Ah ben il n'y en a pas !!!

    Ca va être facile, alors ;)

  2. " Les histoires personnelles (Royal/Hollande ou DSK/Aubry, par exemple) ", bon Royal/Hollande je savais, mais Aubry-dsk ? il l'a agressé elle aussi ?

    • MajicWoofy : Pour l'obstacle 1, c'est l'avenir qui nous dira si c'était un obstacle infranchissable ou non.

      Obstacle 2 : Je n'ai rien contre le pluralisme, mais il faut savoir rassembler pour être soutenu. Hollande avait échoué en tant que chef de parti, nous verrons ce qu'il fera en tant que candidat.

      Obstacle 3 : La parade est assez pitoyable, non ? :D

      Obstacle 4 : Il n'a pas joué les rassembleurs, mais les synthétiseurs (je ramasse tout et je fais un joli paquet avec un ruban), position intenable en tant que candidat et encore pire en tant que Président.

      Obstacle 5 : On reproche tout à Sarkozy, d'être omni-présent dans les médias comme d'être silencieux. De toutes façons, ce n'est pas la question (rappel : si Hollande ne maîtrise même pas une conférence de presse, qu'attendre de lui dans les réunions internationales ?).

      Obstacle 6 : Il prend son temps. Voilà. Il n'y a rien qui presse. C'est pas comme si l'élection était dans six mois, non plus. ;)

      Bref, je ne mise pas sur lui. :)

      Effigy1 : Rien de sexuel à ma connaissance, mais le pacte de Marrakech et sa dénonciation publique ont créé une ambiance assez sympathique entre les deux ex-impétrants amis.

      Rikko : C'est pour ça que je ne le fais pas. Adresse tes reproches à Montebourg. :)

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